CHILDHOOD (1/4) LA PRIERE



Je suis née dans une famille marocaine, croyante, pratiquante de temps en temps mais très à cheval sur les convenances. Depuis très jeune je reproduisais tout ce qu'on me disait de reproduire, comme tous les enfants. Jusque là, normal. Quand on vient au monde, qu'on est sans repère, qu'on doit encore tout apprendre, il est biologiquement naturel de recopier ce que font les gens qui nous élèvent. C'est pareil chez tous les animaux. On apprend en imitant ce qui se trame dans notre environnement. Alors quand j'ai appris à parler, à partir d'un certain âge, on m'a dit qu'il fallait que je commence à prier. Et là, j'ai dû apprendre à réciter des versets dont je ne comprenais ABSOLUMENT RIEN. 

Prier revient chez nous à remercier Dieu, mais aussi beaucoup à lui demander ce que l'on souhaite. Si on y réfléchit bien, c'est un peu comme passer au drive du McDo sauf que l'attente est encore plus longue et qu'on est pas sûr d'avoir sa commande. Personne ne ferait ça normalement. 
Vraiment, c'était frustrant parce que la prière était sensée m'apporter un bien-être que je voyais chez les autres mais que je ne ressentais pas en moi. Je n'ai jamais appris la langue arabe, seulement quelques mots par ci par là. On me traduisait vaguement les sourates, mais tout ça restait du charabia incompréhensible pour moi. Alors forcément, la magie du Livre, ses bienfaits, tout ça, on pouvait pas vraiment dire que ça fonctionnait sur moi. Du coup merde, j'me demandais bien ce que je pouvais faire de si mal pour que ça ne fonctionne pas !

Au départ, vers mes 9-10 ans, je priais. Je ne sais pas si vous connaissez un peu le principe d'une prière musulmane, mais selon le moment de la journée, il faut réciter ses versets 2, 3 ou 4 fois, et une fois arrivé à la fin, on demande à Dieu d'accepter notre prière pour enfin lui demander ce que nous attendons de sa part en échange de cette prière (ben oui, comme dans tout bon deal, ça doit aller dans les deux sens). J'apprenais les versets par cœur, je prononçais ça comme je pouvais, et j'attendais simplement la fin, ce moment où je pouvais demander ce que je voulais. Ma mère m'avait également recommandé de toujours commencer ma "liste de vœux" par le souhait que Dieu accepte ma prière, et qu'il nous protège moi et ma famille. Alors c'est ce que je faisais. Je demandais à Dieu d'accepter ma prière, de nous protéger, et ensuite je lui énumérais une liste de souhaits débiles, comme ceux que peut faire une gamine de 10 ans, en croyant que je m'adressais au Père Noël.

Ce n'est que vers le début de l'adolescence, l'âge ingrat, l'âge rebelle ou c'que vous voulez, que j'ai commencé à me poser des questions là-dessus. Sérieusement, pourquoi ? Je ne comprenais pas un mot de ce que je disais, je ne ressentais rien, pas une once de foi dans mes paroles. 

Et puis, cette manie de "demander à Dieu ce que je voulais" à la fin, c'était débile, puisque de toute façon je ne savais même pas ce que je pouvais bien lui raconter avant. Ces horaires à respecter, à la minute près, 5 fois par jours, devoir tourner son tapis dans un certain sens pour être en direction de la Mecque, nan mais pitié. Va falloir se calmer avec le règlement de la prière. Le pire c'était pour les femmes : ne pas pouvoir prier quand elles ont leurs règles parce que quand même une femme qui a ses règles c'est trop dégueu, devoir se couvrir de la tête aux pieds par pudeur devant Celui qui est sensé t'avoir créée ?! Quand j'y repense, la première fois qu'on m'a dit ça j'étais mais tellement outrée. "Comment ça tu me crées mais tu veux pas que j'te parle si on voit mes bras ?!". Ridicule. 

Je respecte totalement le fait que certains le fassent et adorent ça (je pense notamment à ma grand-mère ou à mon père), mais c'était vraiment pas mon truc. C'est pour ça qu'en grandissant j'ai petit à petit arrêté de le faire. Le truc c'est qu'au départ, mes parents priaient. Alors quand moi je ne voulais pas la faire, j'étais obligée de faire semblant puisque ma mère le faisait et m'ordonnait de le faire aussi. Mais aujourd'hui c'est différent. 

Mais alors, était-il question d'abandonner totalement la prière dans son sens le plus général ? Aujourd'hui, je prie toujours. Comment ? En m'adressant directement à Dieu. J'ai arrêté la religion, j'ai arrêté la prière musulmane, et pourtant je ne me suis jamais sentie aussi proche de Dieu. Je ressens les choses, je ressens sa présence, je suis honnête, j'exprime ma gratitude et ma reconnaissance au lieu de lui demander des choses. Vous comprendrez que ça n'a plus rien à voir.

J'en parlerai dans un article plus tard, mais ce que j'ai surtout compris c'est qu'il ne faut vraiment pas confondre religion et spiritualité. Notre rapport avec Dieu, si on en croit en lui, ne dépend pas des gestes que l'on fait pour s'adresser à lui. Personne ne devrait nous dicter la manière dont on doit s'adresser à lui. Il devrait en fait y avoir autant de façons de prier que de personnes. Si vous vous sentez plus à l'aise, plus "connecté" à lui d'une façon plutôt qu'une autre, alors il ne faut pas hésiter. C'est LA bonne façon de le faire. Et il n'y a que vous qui pouvez en être juge.

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