CHILDHOOD (2/4) - LE RAMADAN




J'ai également grandi avec la tradition du Ramadan. J'appelle ça une tradition, parce que pour moi c'est plus un événement culturel et familial que religieux.

Quand on a eu la chance de tomber dans une famille harmonieuse, pas trop divisée, pas trop conflictuelle, croyez-moi quand je vous dis que le ramadan c'est la paradis. Se retrouver chaque soir pendant un mois autour d'une table bien garnie, avec toute sa famille, veiller tard le soir, parfois même s'offrir des cadeaux dans certaines familles qui peuvent se le permettre. C'est un peu Noël tous les soirs pendant un mois complet.

Au départ, quand j'étais assez jeune, c'était vraiment merveilleux. Je ressentais cette magie, quand le mois sacré approchait. Le fait de ne pas manger ni boire ne me dérangeait pas, et puis on me disait que c'était ce qu'il fallait faire, alors pourquoi protester. Ce qui est quand même assez marrant c'est que de voir tout le monde autour de soi le faire, et de le faire depuis assez jeune, ça a rendu la chose assez simple. Quand on le voit de loin, jeûner en plein moi d'août ça paraît atroce et impossible mais tout est une question de psychologie. C'était paraît-il pour montrer sa solidarité avec ceux qui n'ont pas à manger. Soit. Vous me direz, on aurait pu tout aussi bien leur donner de la nourriture directement, même si c'est un acte déjà possible et faisable, encore plus pendant ce mois. 

C'est plus tard que ça s'est corsé. Quand le ramadan a commencé à m'empêcher de faire des choses, d'aller à mes premières fêtes, de sortir, de voir des amis, de voyager. Quand ce fameux mois sacré devenait de moins en moins magique, parce que ma famille l'était de moins en moins aussi, que les repas étaient de moins en moins conviviaux, les tables de moins en moins garnies, et l'ambiance de moins en moins festive. Quand il devenait de plus en plus difficile de se souvenir pourquoi je m'infligeais ça.

Alors j'ai commencé à faire semblant. Dès qu'on ne me regardait pas, je mangeais, je buvais de l'eau. Les premières fois j'ai vraiment eu la sensation d'être jugée, alors que j'étais seule ! J'avais peur. Sincèrement, j'avais peur. Mais en même temps, quand on le fait une fois, c'est de moins en moins flippant jusqu'à ne plus rien faire du tout, comme tout ce qui brise un peu les lois. 

A un moment donné, je me suis demandée pourquoi est-ce que je n'arrêtais tout simplement pas de le faire. J'avais peur de ressentir un vide, de culpabiliser, de me sentir mal, de m'éloigner de mes origines, de mon éducation, de ma famille.
Et je me suis rendue compte que c'était ça le problème : c'était pour ma famille. C'était pour, je sais pas trop moi, leur plaire, ne pas les décevoir ou bien simplement par peur qu'ils n'acceptent pas mon choix d'arrêter ce délire. Je me mentais à moi-même mais honnêtement, je ne ressentais plus rien de positif quand je faisais le Ramadan. Alors je pense que quand on arrive à ce point, il faut savoir dire stop et faire les choses pour soi. Quand on ne fait plus les choses avec coeur, quand on ne sait plus pourquoi on le fait, il faut savoir dire stop. 

Aujourd'hui, je ne pratique plus le ramadan, ce que ma famille a compris (je n'irais pas jusqu'à dire accepter mais à un moment donné ils seront bien obligés). Malheureusement, je pense que ça m'a  un peu éloigné d'eux, mais c'est aussi ça la vie : faire ses choix pour être épanoui, pour vivre sa vie, pas celle des autres. Et puis faut bien avouer que c'est pas comme si j'étais entrée dans la drogue. Y a pire, non ? 

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