CHILDHOOD (4/4) - LA FEMME



Vous vous souvenez quand je vous ai dis dans l'article précédent sur les relations amoureuses qu'il s'agissait d'un "sujet sensible" ?


Oubliez ça. Le sujet sensible, le vrai, il est là.

On entre ici dans un sujet qui me tient particulièrement à coeur. Pourquoi ? Parce qu'encore aujourd'hui, à 20 ans, en 2017, j'ai entendu de la bouche de mon père "Tu es une jeune fille, tu n'es pas encore mariée, tu n'as pas à sortir le soir". 

Qu'on se comprenne bien, je ne lui en veux pas. Je suis juste déçue par rapport à la relation que je croyais avoir avec lui. Mais c'est un homme bien, mon père. Il est simplement né dans une certaine époque, avec une certaine mentalité, et franchement, j'ai vu des hommes maghrébins traiter leur fille de façon bien plus hard. Je m'estime vraiment heureuse qu'il m'ait laissé autant de liberté jusqu'à présent. 

C'est qu'on a toujours eu une relation très fusionnelle, il m'a appris à ne pas me laisser faire, à toujours trouver un argument quand je débats avec quelqu'un, et à me dépasser. À penser par moi-même, surtout. C'est pour ça que lorsque j'entends des mots pareils de sa bouche, la déception est plus grande que pour n'importe qui d'autre.

En fait, l'une des choses qui me dérangent le plus dans la religion musulmane, c'est la place de la femme. Et ici, on a deux écoles, avec chacune leur légitimité : ceux qui pensent que la femme est minorée, sous-estimée par rapport à l'homme, cachée, et rabaissée dans la religion. Et ceux qui pensent qu'au contraire, ce n'est qu'une façon de la préserver, de l'estimer d'avantage, de la protéger des vices du péché (je parle comme un vieux prêtre là nan ?).

Selon moi, il y a des choses défendables dans chacune de ces écoles. Vous l'aurez sûrement déjà compris, on m'a élevée selon la deuxième école. Mais avec le temps, en m'étant renseignée directement à la source (Coran), en ayant lu, en ayant observé, et surtout en vivant le truc depuis ma naissance, je ne peux que pencher pour la première école : pour moi, la femme dans l'Islam est bien plus manipulée qu'on le pense, pour qu'elle reste à sa place. J'ai admis que parfois il était compréhensible de penser que c'était plus de la "protection" sur certains points comme pour le voile, mais très honnêtement je suis trop obnubilée par le côté dominant du truc. Quand on a eu l'opportunité de naître et grandir dans un pays aussi libre que la France, les gens ont forcément un chouïa de mal à vous faire admettre des choses qui restreignent cette liberté. Moi j'ai tout balayé d'un revers.

Je ne pointe pas du doigts seulement l'Islam, mais c'est la religion que je connais le mieux pour le coup. Depuis toute jeune, on est incapable de me répondre de façon satisfaisante quand je demande pourquoi je dois me couvrir entièrement pour prier et pas mon cousin, pourquoi on doit cacher nos cheveux et pas les hommes, pourquoi on a pas le droit d'assister à un enterrement avec les autres, pourquoi on doit prier à voix basse et les hommes à voix haute. Ma mère m'a toujours dit qu'on donnait tellement de valeur à la femme qu'on ne devait rien voir d'elle, ni même l'entendre, tellement sa voix était précieuse. Vous n'avez pas idée de la façon dont je l'ai fixée quand elle m'a sortie ça.

En fait c'est ahurissant, la femme est tellement """""précieuse""""" qu'on la bride sur quasiment tout, qu'on lui dicte comment s'habiller, comment prier, où aller, et j'en passe, tandis que les hommes sont libres comme l'air.

Je pense qu'il faut faire la part des choses. Il y a une grosse différence entre la façon dont les femmes étaient traitées quelques générations auparavant et aujourd'hui. C'est également une question de pays, où les femmes n'ont pas toutes le même droit. Aujourd'hui beaucoup de femmes musulmanes ne sont pas voilées par exemple. Mais elles restent très dominées par les hommes à cause du Coran.

Et là on se rend compte que c'est à peu près pareil pour tout. Dans la société en général, dans le domaine du travail, partout : la femme doit encore se battre pour ses droits. Mais malheureusement, la religion est un argument de plus pour la dominer, parce que selon moi, les hommes ont compris à quel point la femme peut devenir une menace pour eux quand on leur donne du pouvoir.

Comme par exemple dans certains pays du Moyen-Orient où il lui est interdit de lire. Les livres, c'est le pouvoir. Et on refuse qu'elles aient du pouvoir. De la connaissance. Parce qu'alors, une femme qui commence à acquérir de la connaissance, commence inévitablement à s'émanciper de toute tutelle, quelle qu'elle soit.
Elle se rend compte de son potentiel, elle se rend compte qu'elle peut être aussi forte et compétente qu'un homme, voire plus. Et ça, les hommes, ils ne veulent pas. Ça fait toujours flipper de se dire qu'on a de la concurrence, finalement. Surtout de la concurrence venant de celles qu'on sous-estime tant.

Vous l'aurez compris, j'ai un léger côté féministe. Mais qui s'est développé malgré moi, parce que j'ai dû et je dois encore faire mes preuves en tant que jeune femme, dans la société comme dans ma propre famille. Mais ce combat ne me fait absolument pas peur. Je suis prête. J'ai les épaules pour. Je n'hésiterai pas à montrer de quoi je suis capable, d'aller le plus haut et le plus loin possible, parce que je suis une femme forte. On l'est toutes, au final. Seulement, certaines ne le savent pas encore.

Quand j'étais petite, je voulais être un garçon. Les garçons, eux, ils restaient à table pendant qu'on les servait. Les garçons, eux, ils pouvaient fumer, c'était moins grave que pour les filles. Les garçons, eux, ils pouvaient s'habiller comme ils voulaient, sortir quand ils voulaient, sans demander la permission à qui que ce soit. Parfois, ils squattaient des terrasses de café entières, et ils restaient là, toute la journée, sans que personne ne leur dise rien, et les filles comme moi, on avait pas le droit d'y aller. Les garçons, eux, ils pouvaient draguer les filles comme moi, personne ne leur disaient rien, mais au moindre souci c'est aux filles comme moi qu'on allait reprocher d'avoir parlé à un garçon.
Les garçons eux, quand ils devenaient hommes, c'était normal qu'ils travaillent, et les filles comme moi, quand elles devenaient femmes, c'était normal si elles décidaient de rester à la maison.

Quand j'étais petite, je voulais être un garçon. Aujourd'hui, je vis comme un garçon, en étant rester une fille.

Posts les plus consultés de ce blog

LE BESOIN DE RECONNAISSANCE

LE SENTIMENT DE LIBERTÉ

MON CORPS M'APPARTIENT, AMINA SBOUI